Isla Mgmt : All Star Game du beatmaking

Si on devait former des équipes de superstars de beatmakers, on pourrait récemment penser à ce que réalise le label Internet Money. Parallèlement à l’empire de Taz Taylor, il y a une autre structure qui n’aura pas besoin d’aller chercher loin pour cela, c’est Isla Mgmt.

Zoom sur une structure qui s’est bâtie entre le local et l’international, avec des vétérans, des plus jeunes et se retrouve aujourd’hui aux nominations des Grammy Awards ainsi que dans le Forbes Magazine, le tout en moins de trois ans.

Tout débute avec le canadien Simon Gebrelul. Selon plusieurs sources, il arrête ses études en 2014 pour se consacrer pleinement au management d’un des joueurs NBA les plus populaires sur et en dehors du terrain : Tristan Thompson. C’est le commencement d’Isla Mgmt (prononcé eye•la). Quatre ans durant lesquelles il collabore avec un joueur qui disputera de nombreuses finales avec les Cavaliers jusqu’à être champion en 2016.

C’est en 2018 qu’il se lancera dans la musique en gérant les affaires d’un de ses compatriotes, le producteur Boi-1da. Un beatmaker en place depuis 2010 et qu’on retrouve derrière les prods de nombreux hits (4 My Town, Best I Ever Had, Over, Not Afraid, Work, No Guidance…) 

La dernière recrue de l’effectif à ce jour est Cardo alias « Cardo Got Wings » mais Isla compte pas moins de douze beatmakers au sein de leur structure, tout en ayant le chanteur Givēon également en management. Les voici :  

 OZ 

Un des beatmakers phares de 2019-2020 ! Après « Sicko Mode », 2020 pour le beatmaker suisse c’était « Life Is Good » de Future,  « Highest In The Room » de Travis Scott, « Popstar » de DJ Khaled ou encore « Gold Roses » et « Toosie Slide » pour ne citer que ces morceaux. Une année récompensée par une nomination aux Grammys et l’award du producteur de l’année sur la plateforme Splice.

Jahaan Sweet

On vous avait déjà parlé de lui dans notre dernier guide car il faisait partie des beatmakers présents sur le « Forbes Under 30 Music » de 2020. Jahaan Sweet écrit et produit. Présent sur le projet du couple Carters, « Scorpion » de Drake, « Get Me » de Justin Bieber, en grande partie sur l’album de Kehlani, « Ungodly Hour » de Chloe et Halle, il frappe fort en 2020 avec les prods du dernier mini EP Baby Keem, « Tyler Herro » de Jack Harlow, « Stuck On You » de Giveon ou encore le superbe « Not Another Love Song » d’Ella Mai aux côtés de Boi-1da et The Rascals.

Cardo Got Wings

Si vous avez écouté notre hors-série en compagnie de Raphaël Da Cruz, il faisait partie des beatmakers dont on a le plus apprécié le travail en 2020 et pour cause ! 

Cardo en 2020 c’est « Laugh Now, Kay Later » de Drake (et on pourrait s’arrêter là). Outre cette excellente prod, en 2020 Cardo c’est aussi « Waze » sur le projet de commun de Skepta, Chip et le membre de D-Block Europe, Young Adz, un projet en commun avec le beatmaker/artiste Che Ecru mais aussi « God’s Plan », « Goosebumps », « That Part » ou encore l’intro du premier projet de Baby Keem des années auparavant…

Nils 

Toujours au sein de ce roster de compositeurs, il y a Nils. Fort de sa présence sur la prod de « Peta » avec OZ sur l’album de Roddy Rich, on le retrouve en 2020 sur « TALK ABOUT IT » de Dababy, sur le morceau « Maintenant » du rappeur français Gianni, « That’s It » sur la planète de Lil Uzi Vert et Future, le banger « After Party » de Don Toliver accompagné de Sonny Digital à la prod et derrière « Sky High » de Lil Skies en ce début d’année 2021.

The Rascals

Le duo de beatmakers a marqué les esprits en étant en coprod sur « Gold Roses » avec de Rick Ross et Drake. Pour l’année 2020, ils ont clôturé l’année en produisant une grande partie du projet éponyme de l’artiste du Kentucky, Vory mais ont également placé pour Tory Lanez, Ariana Grande, Jessie Reyez, G Eazy et surtout le super « Not Another Love Song » d’Ella Mai aux côtés de Jahaan Sweet et Boi-1da.

TT AUDI

TT AUDI fait partie des recrues les plus récentes du poster. A la suite de sa coprod sur « I Wanna Rock » de G Eazy, il a su bénéficier du réseau et du networking de Isla Mgmt pour placer des coprods avec les autres membres sur le projet de Vory, mais également pour Big Sean et A Boogie Wit Da Hoodie. 

DRTWRK 

DRTWRK (Dirty Work) est un beatmaker originaire de Montréal, qui fait son chemin progressivement et a déjà placé pour de gros noms tels que Lil Wayne sur « Let It Fly » avec Travis Scott, Kanye West sur « Use This Gospel » et « Law of Attraction ». En 2020, il est présent à la prod sur « Back To The Streets » de Saweetie en featuring avec Jhené Aiko. 

Sevn Thomas

Si vous êtes fan de R&B mais aussi fan de Giveon, alors Sevn Thomas est un beatmaker que vous appréciez surement, sans directement le connaitre. Son année 2020 a été grandement marqué par sa participation aux deux projets de Giveon. Un travail récompensé par une nomination aux Grammys.

CuBeatz

CuBeatz est un duo constitué de deux frères jumeaux, originaires de Berlin. Ils sont connus pour être en coprod sur des morceaux tels que « Sicko Mode », « Fefe » de 6ix9ine, « Motorsport » de Migos, « goosebumps » de Travis Scott, « No Heart » de 21 Savage ou encore « Portland » de Drake. En 2020, ils sont derrières des morceaux comme « Face of My City » de Jack Harlow, sur « Easy » de Rich The Kid en coprod avec AXL Beats, sur plusieurs morceaux de « High Off Life » de Future, « Stimulus Check » de Doe Boy et Southside ou encore « Lambo Wrist » dans le dernier album de 2 Chainz.

Boi-1da 

Superstars parmi tous les beatmakers qui existent, on ne le présente plus. Le producteur avait d’ailleurs inauguré le tout premier VERZUZ de Timbaland et Swizz Beatz en affrontant un autre mastodonte, HIT-BOY. L’occasion de voir les nombreux hits qu’il a pu composé. De Drake à Rihanna en passant par Eminem, Big Sean, Kendrick Lamar… 

Ekip, réseau et networking

Isla Mgmt, comme dirait un consultant sport de TV, ce sont donc des individualités au service du collectif. On peut le voir sur les nombreux morceaux dans lesquels on retrouve plusieurs beatmakers de l’équipe en coprod, des beatmakers qui ont rejoint le roster plus tard à coups de loops envoyés et qui bénéficient tous sans limite du portefeuille de la structure entière et les artistes avec lesquels certains ont déjà pu travailler. Un travail d’équipe récompensée non seulement par les auditeurs mais également par de grandes cérémonies comme les Grammy à l’instar des différents posts et cette vidéo qui fait office de « qualité en guise de promo ».

On a hâte de voir aussi bien les moves de la part Simon Gebrelul que les prochains placements des différents beatmakers du roster.

Sources : Forbes, TIDAL, Genius, Instagram 

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Le dernier épisode du podcast « Dans Le Monde de… » dédié aux univers du beatmaking et du DJing est dispo sur ce lien

Les hARTmonie, toutes les playlists et mix DLM4 sont dispo sur ce lien

Jarreau Vandal : l’art de faire un casse

Crédits photo : Segraphy

Chez DLM4, on est toujours fasciné par les edits des DJs. On se demande toujours ce qu’il se passe dans leurs cerveaux pour imaginer des associations aussi impressionnantes les unes que les autres.

S’il y a bien un DJ qui incarne cela, c’est Jarreau Vandal. Quatre ans après la sortie de son premier EP, le DJ néerlandais revient avec un nouveau projet ce jeudi. A l’occasion de cette release, on retrace le parcours de l’artiste avec lequel le vandalisme ne s’est jamais aussi bien porté.

De grand-père en fils

Jarreau Vandal, Ellroy de son vrai prénom, débute la musique grâce à son grand-père, musicien et beatmaker. Il l’initie à la batterie mais il va très vite basculer à la production via le software Logic Pro. Il mixe à partir des années 2000-2010 et décide de s’y consacrer pleinement en 2012 en arrêtant ses études et les jobs qu’il effectuait en parallèle.

L’artiste est un pur produit des Pays-Bas puisqu’il puise ses inspirations dans de nombreux genres musicaux, du hip-hop au rock en passant par le jazz, la soul ou encore le funk.

Comme tout DJ qui se respecte il va upload ses premiers remix, edits ou flips sur SoundCloud. Parmi ces premiers jets, il y aura sa version du morceau de Drake avec Majid Jordan, Hold On, We’re Going Home, réinterprété par Iman Europe qu’on vous recommande fortement d’écouter !

La famille Soulection

Courant 2014-2015, une connexion se fera avec le beatmaker et DJ allemand IAMNOBODI qui tombera sur ses uploads sur SoundCloud. L’artiste allemand, proche du label Soulection n’hésite pas à en parler à un des fondateurs, Joe Kay qui passera ses edits sur Soulection Radio. Depuis cette période, Jarreau Vandal fait partie de la famille qu’est Soulection. Il sort notamment sa version d’Alright de Kendrick Lamar et on le retrouvera par la suite sur deux épisodes de Soulection Radio.

Soulection #248 (2016)

Soulection #401 (2019)

Un monstre de l’edit

Il est impossible de parler de Jarreau Vandal sans évoquer ses edits.

Pour la petite histoire, l’origine de son nom de scène provient du fait qu’il avait remixé un morceau et qu’un de ses proches lui a indiqué qu’il avait « vandalisé » le morceau.

Il débute avec le premier volume de ses Vandalized Edits en 2016, dont vous pouvez retrouver les trailers ci-dessous et dont la totalité sont sur son Bandcamp. Des edits sur A Milli de Lil Wayne en passant par Ginuwine, The Internet, Skepta ou encore Danny Brown. Enormément d’autres pépites et ce, du premier au dernier volume !

Il en est aujourd’hui à 4 volumes dont le dernier où l’on retrouve sa version du live du Sunday Service de Kanye West, qui était le dernier upload de ce volume 4 où il a eu la surprise de Denzel Curry qui lui a indiqué vouloir poser dessus (voir description SoundCloud).

Il a par ailleurs réalisé un edit du tube Dumebi de Rema au début cette année, Vandalized comme il en toujours a l’habitude.

Un monstre en live

Nous avons eu la chance de le voir performer au festival de Dour avec son compère de toujours Full Crate ou encore l’an dernier à un event de la fête de la musique organisé par le collectif parisien 99 Ginger. S’il fallait vous proposer un aperçu de ce dont Jarreau Vandal est capable en live, c’est son set qu’il a réalisé au Sonar Festival de Barcelone en 2019, qui illustre parfaitement les inspirations musicales et l’énergie qu’il peut transmettre en direct.

PS : On ne s’est toujours pas remis de la transition qui arrive à 21′ entre ELEMENT de Kendrick Lamar et I Just Wanna Love U de Jay-Z.

Un artiste complet

Jarreau Vandal a donc débuté en jouant de la batterie, puis en faisant des prods et mixer. Parallèlement à tout cela, il a également été un DJ qui réalisait ses propres projets. En 2016, il sort son premier EP intitulé Suburb Superhero, porté par le morceau Small Talk.

Deux ans plus tard il délivre une compilation, Anthology dans lequel on vous recommande d’écouter le morceau Ginger Tea.

Ces deux projets permettent de découvrir davantage sa patte en tant que beatmaker et ce à quoi il aspire lorsqu’il est sur cette partie artistique.

Suburb Superhero : The Vilain Within (2020)

Fin 2019, il annonce avoir bouclé son projet sur Instagram. Le premier extrait est Bad Shit. Pour celles et ceux qui suivent son actualité, il a pu s’exercer et voir le feedback du morceau en avance car il avait réalisé un edit sur l’instru de Bad Shit avec DJADJA d’Aya Nakamura quelques mois auparavant.

Un morceau plus que réussi, suivi de deux nouveaux extraits les mois suivants. Le deuxième, Nothing Nice avec Kojey Radical et le dernier en date, My Way feat. Col3trane. Trois morceaux et une direction artistique qui donnent envie de découvrir la totalité de ce qui sera un EP, qui sortira donc demain. Il a d’ailleurs déclaré sur Twitter que la DA symbolisait tout ce qu’il était en tant qu’artiste et homme, notamment le fait de combattre ses démons. Ce projet correspond à ce qu’il veut représenter depuis son premier EP en 2016.

P.S : « Jarreau Vandal ? Tu as quelques morceaux pour me le faire découvrir ? » –> voici la playlist que tu peux partager à ton ami(e) qui te poserait cette question. Si tu en as apprécié la lecture, share aussi l’article :). Une playlist également dispo sur Apple Music.

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Dans Le Monde de… L$30 #EP2

Crédits photo : Yoann Louviers

Durant le confinement, on a eu l’occasion de faire un « Dans Le Monde de… » avec L$30. Connu pour ses nombreuses prods pour Sneazzy et plus globalement le collectif l’Entourage (et Infinit’ par extension), il est également ingénieur du son mais aussi présent sur la direction artistique de plusieurs projets. Le parcours d’un passionné de musique qui a encore beaucoup de sonorités à nous faire découvrir !

Peux-tu te présenter pour celles et ceux qui ne te connaîtrait pas ?

L$30, mon vrai prénom c’est Merouan, mes potes m’appellent Memer, je fais de la musique depuis une dizaine d’années maintenant et je suis principalement compositeur et ingénieur son.

Le confinement : quotidien d’un beatmaker ou alors c’était invivable ?

En vrai, dans son quotidien le beatmaker/ingénieur son est confiné la majeure partie du temps donc de ce côté là ça n’a pas changé grand chose. Mais personnellement, la situation m’a mise dans un mood bizarre, j’avais pas envie de faire du son pendant 2/3 semaines, ensuite je me suis motivé, j’ai fait du son non-stop pendant 1 semaine puis mon Mac m’a lâché… La livraison de mon nouveau mac a pris 1 mois à arriver. 

Le destin m’a fait chiller.

Comment es-tu tombé dans le beatmaking ?

J’ai commencé par la guitare en 2008. J’ai appris tout seul pour le kiffe puis j’ai commencé à jouer avec des potes, faire des ptites scènes, jam sessions ect. J’ai eu 2/3 années où je rappais et m’accompagnait avec une loopstation ma guitare. Sombre époque (rires). C’est à ce moment là que j’ai compris que ce que j’aimais vraiment c’est composer.

Mes vraies premières prods en utilisant un DAW [digital audio workstation, station audionumérique, NDLR] c’est 2015/2016.

Quel.le est la prod/sample qui t’a fait dire “c’est ce que je veux faire plus tard” ?

J’ai toujours écouté beaucoup de musique mais j’ai jamais imaginé que MOI je puisse faire ça, ça m’a toujours paru inaccessible. Mais les prods qui m’ont matrixé ce sont toutes celles de Timbaland, Teddy Riley, Rodney Jerkins, J Dilla. Puis sinon toute la vague neo-soul avec D’Angelo, Erykah Badu, les Soulquarians…

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« Quand t’as une bonne mélodie, t’as déjà un groove qui se dessine, le reste coule de source ensuite »

Niveau logiciel, t’es plutôt FL Studio, Logic Pro, Ableton ou Cubase ?

Logic Pro à fond couplé avec Maschine. C’est surtout une question d’habitude et de workflow. J’ai installé FL et Ableton mais je me suis pas encore motivé pour switcher. Parfois changer de logiciels, ça change les habitudes, ça peut apporter des trucs cool niveau créativité.

Quand tu produis, tu commences par placer quoi en général ?

Mélodie toujours ! Quand t’as une bonne mélodie t’as déjà un groove qui se dessine. Le reste coule de source ensuite. Sinon, quand je commence les drums quasiment toujours le snare. Pour moi, c’est l’un des éléments les plus importants d’une prod.

En dehors du tien, ton tag de beatmaker préféré ?

J’ai pas de tag, j’aime pas trop ça perso. Peut-être que je changerai d’avis un jour mais j’aime bien quand la musique parle pour elle-même. Par exemple, quand j’écoute une prod de Hologram Lo’ je sais direct que c’est lui, il a un groove particulier, une manière de traiter la texture de ses drums qui lui est propre.

Est-ce qu’il y a une instru que t’as écouté et tu t’es dit « Merde ! J’aurai aimé avoir l’idée de la faire” ?

La dernière prod qui m’a frappé c’est Gold Roses de Drake produit par OZ. Y’a grave de l’émotion dans la façon dont il a traité le sample et j’aime trop ça. 

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OMERTÀ IS OUT NOW! 🏆

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Il y a aussi Can’t Say sur AstroWorld de Wondagurl je ne me suis toujours pas remis.

« Ça fait plaisir pour une fois un concept focus sur les beatmakers, en plus en France y’a vraiment des tueurs« 

Est-ce tu possèdes les droits sur les morceaux que tu as produit ?

Ça peut être complexe, mais généralement le label/producteur va rémunérer le beatmaker un cachet pour sa composition puis établir un contrat cession pour pouvoir exploiter le titre qui stipule les parts pour le compositeur, arrangeur… Ensuite, le beatmaker va toucher ses droits d’auteurs (qui sont récoltés par la SACEM) sur le streaming, les passages radios, les diffusions en concerts…

Imaginons que dans six mois, un morceau d’un artiste que t’as produit doit sortir et pour toi c’est un hit mais on t’impose du ghost producing [réaliser une prod sans qu’on sache qui en est l’auteur, NDLR]. Tu préfères ne pas te faire créditer sur un morceau qui cartonne ou alors que ce morceau ne sorte jamais ?

Ça dépend de l’artiste. Mais en vrai j’ai plus d’intérêt à ce que le morceau sorte même sans être crédité. Si ça me permet d’acheter une maison où mon chat peut gambader let’s go (rires).

Si tu avais la possibilité de faire une co-prod avec n’importe quel beatmaker ?

Timbaland. Même aujourd’hui. Il m’a trop inspiré, ça serait un kiff personnel. 

Sinon, j’aimerais bien bosser avec des compositeurs hors rap. Il y a un beatmaker que j’aime beaucoup il s’appelle D’mile. C’est un ancien, il a bossé avec Janet Jackson, Usher, Mary J Blige. Mais récemment il a beaucoup bossé avec Ty Dolla Sign, H.E.R. et il a produit une bonne partie de l’album de Lucky Daye qui est exceptionnel [il a produit 12 des 13 morceaux sur le projet de Lucky Daye, NDLR]. En fait, tout les kiffeurs de RnB je suis chaud (rires).

Justement en parlant de ça, est-ce que tu as suivi les VERZUZ ou la Producers Champions League de Ghostkillertrack ?

Pour les VERZUZ (voir notre résumé), j’ai voulu regarder ceux de Teddy Riley vs Babyface et Erykah Vs Jill Scott mais quand j’ai compris que le concept c’était un battle où ils passaient juste leurs morceaux j’ai pas compris l’intérêt honnêtement.
La Producer Champion League [des battles de 3/4 rounds pendant lesquels les beatmakers envoyaient leurs beats, sur élimination directe, NDLR] je ratais à chaque fois le RDV mais j’aimais trop le concept ! J’ai dû regarder 3/4 battles. J’ai mon cousin Remed qui est passé dessus ou mon gars Diabi j’étais obligé de matter. Mais ça fait plaisir pour une fois un concept focus sur les beatmakers, en plus en France y’a vraiment des tueurs ! Hâte de voir d’autres projets dans le genre [si vous cherchez des projets de ce style, on vous invite à aller checker le compte Insta de Bendo Charts qui fait des battles de beatmakers en live, NDLR].

Depuis le début de ta carrière tu as travaillé en grande partie avec l’Entourage et plus récemment avec Infinit. Peux-tu nous raconter comment s’est faite cette connexion qui dure depuis de nombreuses années maintenant ?

J’ai rencontré le S-croums [S-Crew évidemment, NDLR] courant 2012 à travers des amis qu’on avait en commun. Moi à l’époque j’écoutais pas du tout de rap français donc je connaissais même pas 1995, l’Entourage and co… On traînait juste ensemble donc j’ai découvert ça avec eux.

Ce qui me faisait kiffer surtout c’était l’esprit de groupe, tout le monde qui se soutient autour d’une même passion. Ça m’avait grave motivé à l’époque. J’étais timide, je faisais de la musique dans mon coin, avant d’envoyer ma première prod ça a bien dû prendre 3 ans. En 2016, on était partis entre potes à L.A. pour prendre des vacances et Sneazzy m’a proposé de venir l’enregistrer là bas. On a fait quelques maquettes puis en rentrant on a bossé des sons ensemble, c’est devenu Dieu Bénisse SuperSound [qui est aujourd’hui une trilogie, NDLR].

 

C’était la première fois que je réalisais, enregistrais, et plaçais des prods sur un projet. J’ai beaucoup appris sur le tas pendant cette période. C’était formateur de fou.

« Quand t’as fait tes preuves, les artistes te font plus confiance dans tes choix artistiques, du coup ça permettrait de faire des trucs qui sortent de la norme, et là, ca pourrait être archi intéressant »

Dernièrement on a pu voir sur les réseaux que tu as produit les morceaux d’une chanteuse, Daryiah Blu. Peux-tu nous en dire plus à propos de cette chanteuse ?

C’est une artiste que j’ai découverte et avec qui je bosse en sous-marin depuis 2 ans. Maintenant que j’ai un peu plus de temps, c’est un des projets sur lequel je m’investi le plus. On est des gros fans de R&B tous les deux et je pense qu’elle peut vraiment tout exploser. Elle est trop forte ! 

On a plein de sons de côté mais on attend le bon moment avant de balancer des sons sur les plateformes. On a déjà eu quelques RDV avec des maisons de disques, mais on veut faire le bon choix.

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🐈🎧 | 📸 @yoannlouviers

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Ça devrait pas tarder, je vous conseille de la surveiller.

Aujourd’hui on a de plus en plus de beatmakers qui sortent leurs projets, qui font des scores honorables même si pour nous les chiffres ne sont pas un critère de qualité… Est-ce que bâtir un projet avec un fil conducteur et des artistes que tu choisis est quelque chose que tu envisages à l’avenir ?

À fond ! J’y ai déjà pensé mais j’attends de m’affirmer encore plus en tant que producteur. Quand t’as fait tes preuves, les artistes te font plus confiance dans tes choix artistiques, du coup ça permettrait de faire des trucs qui sortent de la norme, et là, ça pourrait être archi intéressant.

« Les beatmakers sortent de plus en plus de l’ombre mais il y a encore du travail en France »

Quel est ton avis sur le métier de beatmaker en France actuellement ?

C’est assez fou l’époque dans laquelle on vit, un mec qui a aucune connaissance musicale en regardant quelques tutos YouTube, en charbonnant et en étant un peu geek il peut te faire le prochain hit. 

Maintenant faut voir sur le long terme, à part quelques grosses têtes, est-ce que tout le monde pourra en vivre tout sa vie. 

Les métiers artistiques en général c’est des métiers plutôt instables, mais c’est un choix de vie que la plupart on accepte par passion.

Un dernier mot à ajouter ?

Il ne faut pas oublier que dans la conception d’un album, il y a toujours pleins de mecs dans l’ombre, que ce soit les arrangeurs, les ingénieurs sons, les mixeurs… On parle rarement d’eux mais ils sont essentiels. 

Les beatmakers sortent de plus en plus de l’ombre mais y’a encore du travail en France.

A la suite de notre interview, on a pu découvrir la présence de L$30 parmi les beatmakers présents sur le projet réalisé par nos confrères de BACKPACKERZ en faveur de la Fondation Hôpitaux-Hôpitaux de France.

P.S : « L$30 ? Tu as 5 morceaux pour me le faire découvrir ? » –> Voici la playlist que tu peux partager à ton ami(e) qui te poserait cette question. Si tu en as apprécié la lecture, share aussi l’article 🙂

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